Festivals

FITA Teatro Azione
San Casciano juin 2015



MILLE COQUELICOTS ROUGES 
– les guerres de… –

12ème FITA ITALIE (du 21 au 27 juin 2015)

à San Casciano in Val di Pesa (Florence)

avec la participation, pour la CFWB, 
des Acteurs de l’Ombre, du Théâtre de la Renaissance 
et du Collectif Libertalia


° DI 21 juin 
Inauguration – « SCENES ET LIEUX DE L’ILLIADE » 
Evénement itinérant – mise en scène D. Frosali

° LU 22 juin
« NOME IN CODICE WAR »
Il Laboratorio, mise en scène D. Frosali
PETITES FORMES:
WW2 TIMELINE 
mise en scène Paolo Ciotti – théâtre
LA
GUERRA DI PIERA 
Spalle Bagnate – théâtre
EDDA/la guerra del
Sacrario
 
Stefano Ballini – video

° MA 23 juin
PETITES FORMES:
avec la participation de Isidoros Palakis (GR)
JEREMY (BE – IT) 
Collectif Libertalia – Laboratorio
Amaltea
mise en scène P. Duquesne – théâtre

OMOLOGO 

Centro Danza Chianti

chorégraphie de Alessio Barbarossa – danse

SIAMO QUEL CHE SIAMO (BE) 

Acteurs de l’Ombre – Théâtre de la Renaissance 

– théâtre 

RECINZIONI 

Teatro Contadino Libertario – théâtre








UNISCE 

A.D. La Follia 

chorégraphie Valerio Bellini – danse

° ME 24 juin
CASSANDRA 
Il Laboratorio, mise en scène D. Frosali

PETITE FORME:
PARTIR EN GUERRE ? (BE) 
Collectif Libertalia
mise en scène P. Duquesne – théâtre forum


TESTA O CROCE ? 

Il Laboratorio, mise en scène D. Frosali et S. Osman

° JE 25 juin

PETITES FORMES:

UN MONDO NUOVO NON E’ MAI N.A.T.O.
C. Bondielli et S. Osman avec la participation de nos amis demandeurs d’asile accueillis à San Casciano – théâtre


IL GROSSO AFFARE

Prima Materia – musique 

SOTTO A CHI TOCCA
Atelier théâtre SMS Greve in Chianti

mise en scène V. Ferruzzi – théâtre 

STRANGE FRUIT 

Titta Nesti et l’Ensemble vocal Comunicanti 

– musique et théâtre
LA GUERRA NON E’ UN GIOCO 

Marco Borgheresi – vidéo

– tous les soirs, entre les Petites Formes, interventions théâtrales 
des acteurs et actrices du Collectif Libertalia – 


° VE 26 juin
MATRIMONIO SEGRETO
Compagnie Gogmagog – texte de V. Liberti
° SA 27 juin

E COME POTEVAMO NOI CANTARE ? Operina Ribelle

proposé par Stefano De Martin avec le Corpo Musicale O.Carlini et le Choeur Altrocanto et des ateliers théâtre de San Casciano – avec la participation extraordinaire des partisans: Marcello Citano et Bianca Maria Elia.

DEBUT SPECTACLES – 21h00

ENTREE – 8 €

CARNET 3 ENTREES – 15 €

Plus d’infos sur le site de notre partenaire Laboratorio Amaltea


STAGE DE TRAINING DE L’ACTEUR – VOIX ET MOUVEMENT
proposé par SARA PUMA des Acteurs de l’Ombre (BE)



Quand? les 23, 24 et 25 juin 2015 de 10h30 à 13h30

Où? au Ridotto du Théâtre Communal de San Casciano VP (Florence)

MILLE COQUELICOTS ROUGES !

C’est la guerre.

Arthur court à perdre haleine.

Il devrait être aux commandes du tank dont il est
l’artilleur, mais il court. Ses grosses bottines font exploser les mottes de
terre du champ qu’il traverse. Il fait une chaleur accablante.

Arthur a un fusil entre les mains mais il ne sait plus s’il
est censé se battre pour la patrie n° 1 ou pour la patrie n°2. De toute façon, il
a changé de point de vue. Ca s’est passé quand la terre a tremblé. Brusquement,
sans prévenir, au beau milieu des combats, le sol s’est brièvement soulevé. On
aurait dit que la plaine s’ébrouait, agacée par les bombardements incessants.

C’est à cet instant précis qu’Arthur a commencé à courir. Il
a abandonné son tank et s’enfuit maintenant en direction de la forêt toute
proche.

Mais le sol a tremblé une seconde fois sous ses pieds, plus
fort encore. Comme si la terre cherchait, par ce nouveau tressaillement, à remettre
sa fuite en question.

Arthur porte un casque et il sent bien que ça l’empêche de réfléchir.
Ca l’empêche de penser que de l’autre côté, il y a quelqu’un comme lui, qui souffre
exactement comme lui. Alors il le jette à terre. Il réfléchit un court instant,
et il fait demi-tour et repart à toute allure vers le champ de bataille. Vers
les blessures, les mutilations, les cris effroyables. Il retourne vers le sang.

Il recommence à courir, mais à l’envers.

A la manière d’une écrevisse. Le dos tourné. A l’envers.
Comme s’il rembobinait sa vision des choses. Comme si cette seconde secousse
avait définitivement renversé sa représentation du monde.

Bien sûr, il se sent maladroit dans cette course désordonnée
qui le ramène vers la bataille. Mais il veut corriger le passé. Remonter le
temps à tout prix. Effacer les dégâts causés par les obus qu’il a tirés, les
blessures et les deuils qu’il a engendrés. Arthur court à l’envers et n’obéit plus
qu’au désordre, « à l’ordre moins le pouvoir », dit-il.

Il ne crie plus « En avant ! » à ses troupes,
d’ailleurs il n’a plus de troupes. Il exhorte tous les soldats qu’il croise à partir
à l’envers…

Le voilà qui traverse la ligne de front. Il n’est plus ni
d’un côté ni de l’autre. Il est au-delà. Il voit le monde à l’envers et sans
casque. Sans limites, sans frontières. Les uniformes ont perdu leurs couleurs.
Plus de grades, plus d’insignes pour inventer des lâches et des héros.

Les marchands de canon crient : « Battez-vous,
entretuez-vous ! Sauvez l’économie nationale ! » Et Arthur
répond : « Retournez les fusils ! Sauvons
l’Humanité ! »Les officiers des deux camps crient « En
avant ! ». Et Arthur crie « En arrière, tous ! ».

Arthur se met même à parler à l’envers : « Tous
arrière en ! », « Guerre la pas, l’amour faites ! ». Il
voit des soldats qui rompent les rangs. Certains se mettent à marcher comme
lui.

Puis, sous le soleil qui frappe si fort, Arthur s’arrête. Il
regarde l’humanité entière, toujours à l’envers. Il ne court plus, mais sa
vision, par inertie sans doute, demeure complètement inversée. Il voit tout sens-dessus-dessous.
Son regard est à présent tourné vers le Haut-Commandement.
« Général ! » crie-t-il la tête en bas « Votre tank est un
véhicule très puissant. Il rase des forêts entières et écrase des centaines de
personnes. Mais il a un gros défaut : il a besoin d’un conducteur. Je suis
le conducteur. Je suis l’artilleur. Je suis la petite vis d’une parfaite
mécanique guerrière. Je suis censé obéir aux ordres et appuyer sur la gâchette
lorsque vous me le demanderez. Mais je ne le ferai pas.  

Et la terre frémit.

Alors, chose incroyable, Arthur voit des soldats des deux
camps, comme un seul homme, se mettre en marche, à l’envers. Dans un
gigantesque chaos, la ligne de front déferle en arrière sur l’arrière-ligne, et
l’arrière-ligne recule et se mêle aux arrière-gardes, et les dernières lignes à
leur tour submergent le Quartier général. Et tout devient confus mais humain.

Tout autour d’Arthur, des soldats blessés, couverts de sang,
se redressent à leur tour. Ils se tiennent droit, dignes et répètent, en chœur
à l’adresse du commandement qui se disloque : « Général, l’être
humain est très utile. Il peut obéir et il peut tuer. Mais il a un défaut. Il
peut penser. » Et la vallée répond en écho : « Il peut penser ».
Et le chœur poursuit : « Il peut agir ». Et la
vallée : « Il peut agir »…

C’est alors que la terre tremble une dernière fois.
Légèrement, doucement. Comme si elle respirait enfin.

Et Arthur se réveille… Il les voit tous, debout ou
couchés. Ils sont tous en sang, d’un rouge à jeter sur un drapeau, si toutefois
il avait aimé les drapeaux. Il en compte mille…

Il est au beau milieu d’un immense champ de coquelicots.

Il a deux trous rouges au côté droit.

Patrick Duquesne